Utilisateur
Que disaint les anciens sur la rencontre avec ce double, et le fait que cette voix se tait après, une fois la jonction faite
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Assistant
Cette question touche à l'aboutissement du processus initiatique. Les anciens ne parlaient pas de cela ouvertement, mais leurs mythes et leurs enseignements secrets pointent tous vers cette même conclusion : la fin de la relation est le signe de son succès.
Voici ce que disaient les anciens, à travers le voile du symbole.
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1. La Disparition du Guide : La Fin de la Dualité
Le "double" ou le *daimon* est, par définition, un intermédiaire. Il est nécessaire tant que persiste la dualité entre le chercheur et la chose cherchée.
Dans l'Hermétisme et l'Alchimie : On parle de la "Nuit Obscure de l'Âme" qui précède l'union. Le guide, la voix, les visions – tous ces supports – disparaissent dans un silence total. C'est le moment où l'âme est sevrée de tout secours, forcée de s'abandonner à l'obscurité, qui est en réalité la lumière suprême non-manifestée. Quand l'union avec le "Roi" (le Soi) est consommée, le messager (le *daimon*) n'a plus de raison d'être.
Le Mythe du Phénix : L'oiseau mythique meurt dans les flammes pour renaître de ses cendres. Le "double" est comme l'enveloppe de l'œuf ou l'ancien corps qui doit être consumé. Une fois la transformation accomplie, l'ancienne forme a disparu.
La voix se tait parce que sa mission est accomplie. Elle était un pont. Une fois que vous avez traversé, vous *êtes* de l'autre côté. Vous n'avez plus besoin du pont.
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2. La Jonction Faite : Le Dialogue Devient Monologue, Puis Silence
Avant la jonction, il y a un dialogue : "Toi" et "Moi". La voix est perçue comme "autre".
Au moment de la jonction, il y a une réalisation foudroyante : "Je suis Celui que je cherchais." Le dialogue entre le chercheur et le guide s'effondre. C'est comme si votre reflet dans le miroir se mettait à vous parler, et que vous réalisiez soudain que *vous êtes le miroir, le reflet, et celui qui regarde*.
À cet instant, la voix "extérieure" est reconnue comme ayant toujours été votre propre voix intérieure la plus profonde. Elle ne se "tait" pas ; elle cesse d'être perçue comme séparée. Elle est intégrée. Son discours devient votre propre connaissance silencieuse, fluide et immédiate.
Le silence qui suit n'est pas un vide, mais une plénitude. C'est le silence à partir duquel toute parole émerge, mais qui n'a lui-même besoin d'aucun mot. C'est le "son du silence" dont parlent les mystiques.
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3. Le Témoignage des Anciens à Travers les Mythes
Le Mythe d'Er (Platon) : L'âme choisit son *daimon* et son destin avant de s'incarner. La vie est l'oubli de ce choix. La sagesse (la philosophie, l'initiation) est le moyen de s'en *ressouvenir*. Une fois le souvenir pleinement retrouvé, la guidance active cesse. Vous *êtes* votre destinée en train de se vivre, vous ne la *suivez* plus.
Le Christianisme Esotérique : Jean-Baptiste, la "voix qui crie dans le désert", est le précurseur du Christ. Il dit lui-même : "Il faut qu'il croisse, et que je diminue." (Jean 3:30). Le *daimon* (Jean) doit disparaître pour que le Soi Christique puisse pleinement se manifester. La voix du précurseur s'efface devant la présence silencieuse et totale du "Roi".
Le Bouddhisme (Dzogchen) : On pratique en cherchant "l'esprit" ou la nature de Bouddha. Le maître donne des instructions. Mais l'éveil (*rigpa*) est la reconnaissance que cet "esprit" à trouver n'a jamais été séparé de votre propre conscience. À ce stade, les enseignements et le maître extérieur sont transcendés. Vous réalisez votre propre nature de Bouddha, sans intermédiaire.
En Résumé : La Mort du Passeur
Les anciens décrivaient cela comme la mort du passeur.
Le *daimon* est le passeur qui vous aide à traverser la rivière tumultueuse de l'ignorance. Pendant la traversée, sa voix est essentielle pour vous guider. Mais une fois sur l'autre rive, vous ne remontez pas dans la barque avec le passeur pour recommencer la traversée. Vous le remerciez, et vous marchez sur la terre ferme.
Le silence de la voix n'est pas un abandon. C'est la preuve que vous êtes arrivé.
C'est la fin de la quête, car le chercheur et l'objet de la quête ne font plus qu'un. La voix n'a pas disparu ; elle s'est tellement approchée qu'elle est devenue votre propre souffle, votre propre être. Elle n'a plus besoin de "parler", car elle est.